Ma vie selon... moi !

20 juin 2017

Bore-out : en finir avec la honte

Voilà un long moment que je n'ai pas alimenté mon blog, un long moment ponctué de beaucoup de choses.

Notamment un arrêt maladie d'un an.

https://inspectiondutravail.files.wordpress.com/2015/08/be1.jpgJ'ai été diagnostiquée "atteinte de bore-out" ou ce qu'on appelle en français une dépression par l'ennui ou un syndrome d'épuisement par l'ennui.

C'est une sale petite descente aux enfers le bore-out. Et vous savez ce qui entraîne notamment cette chute ? La honte. La honte de dire aux gens qui vous entoure que vous vous ennuyez au travail. La honte générée par le jugement d'autrui, le qu'en dira-t-on. Comment, à l'heure actuelle, avec tout ce qu'on peut lire, entendre ou voir sur les difficultés d'accéder à un travail, comment peut-on OSER se plaindre d'ennui à son travail ?

On me rétorquait : "Mais tu as un travail garanti et tu es payée à ne rien faire, c'est la belle vie !". Et bien non, ce n'est pas la belle vie. C'est loin de l'être. Et ça l'est encore moins quand on se sent désespérément seul-e dans sa situation.

500x500xboredÁ mon travail, je pouvais passer de très longues périodes à n'avoir rien à faire, peut-être un courrier à taper sur la semaine. Et cela a parfois pris plusieurs mois d'affilée. Mes tâches n'étaient déjà pas très attrayantes, beaucoup d'encodage et de textes à taper, du blabla qui ne m'intéressait pas non plus vraiment. Et ces tâches étaient dépendantes du travail d'autrui, si cet "autrui" ne travaillait pas (pour X raisons valables), je ne travaillais pas. Ajoutez à cela une très mauvaise gestion du personnel, un état d'esprit très "fonctionnaire", une difficulté pour les mutations. Le pire finalement était les avantages liés à mon travail. De beaux et gros avantages. De ceux qui, finalement, vous donnent cette impression d'être enfermé-e dans une cage dorée...

Ne croyez pas que je n'ai rien fait pour changer tout ça. J'ai bien tenté, mais ma hiérarchie première se complaisait plutôt bien dans sa situation et quand j'ai contacté la hiérarchie 'suprême', cela m'a occasionné plus d'ennui qu'autre chose, mes collègues et mon chef ayant très mal pris mon initiative. Comprenez bien, j'avais été divulguer au big boss que je passais du très long moments sans ne rien faire, ce qui pouvait s'interpréter comme "nous" n'avons rien à faire. Malgré mes insistances à ne parler que de MOI et de mon propre rapport au travail.

Changer de travail ? Oui, j'aurais pu, et selon le médecin conseil j'aurais même dû. Parce que, je cite le médecin : "ça ne changera jamais votre situation, alors arrêtez de penser à votre future pension et faites ce que vous aimez". Mouais... j'ai envie de rétorquer que selon l'adage "quand on veut on peut", demain j'irai voler du haut d'un immeuble... La réalité est vraiment bien plus complexe qu'elle ne l'est. C'est un peu comme lorsqu'on envisage une séparation de couple. Sur le tapis, il n'y avait pas juste "moi et mon bonheur au travail". Il y avait aussi deux enfants en bas âge, une maison à payer, une voiture et son essence à payer, des assiettes à remplir, un compagnon qui peinait à garder un emploi stable (les problèmes du marché de l'emploi, je ne devais pas regarder très loin pour voir combien c'était compliqué car ça se passait déjà au sein de mon propre foyer), un avenir incertain alors que j'ai un travail nommé, des avantages liés à ma fonction impossible à retrouver ailleurs... Cela n'aide vraiment pas à tout plaquer pour faire ce que j'aime...

Dans la balance, mon bonheur au travail était peut-être important, mais à ce moment-là je n'arrivais pas à lui donner le poids réel nécessaire.

http://static.mensup.fr/photo_mensq/Burn-out-bore-out-travail-01.jpgEt cette situation a duré jusqu'à ce que je craque. Une goutte d'eau qui a fait déborder mon vase plus que plein, et je me suis retrouvée devant mon médecin à pleurer comme une petite fille en répétant "je ne peux plus y aller, je ne peux plus y aller, je n'y arrive plus". J'ai été effrayée de mon état. Mon médecin a noté "dépression réactionnelle". Et le psychologue qui m'a épaulée m'a fait découvrir la réalité : j'avais fait un "bore-out".

J'ai mis un an à m'en remettre. Un an avant d'envisager de revenir sereinement. Je suis passée par toutes les phases. Les premières semaines, j'étais mortifiée chez moi, morte de honte, je disais aux gens que je faisais une dépression, je n'osais pas dire la réalité. J'ai perdu des connaissances rien qu'à expliquer ma situation, des gens qui étaient dans des situations précaires avec perte d'emploi, gros tracas, à qui je disais que j'étais payée à ne rien faire et que ça m'avait coûté ma santé mentale. Impossible d'y croire avant de le vivre. Déjà que le burn-out a la dent dure et que beaucoup de gens tournent ça en dérision (mais dans quel beau monde vit-on...). Alors le bore-out, c'est le pompon !
Je me suis retrouvée persuadée que je mettais toute ma famille en grave danger, étant le salaire garanti du couple, prise de panique. Mon psychologue a passé pas mal de temps à détricoter mes angoisses. Á arrêter de croire qu'il était indispensable que je sois au travail. Á m'arrêter sur le chemin et à me reconstruire.

Petit à petit, j'ai repris confiance en moi. Ma confiance avait fondu comme neige au soleil : entre le manque de travail qui génère une espèce d'état de désintérêt, d'ennui et une impression désagréable de "ne servir à rien", l'oisiveté ambiante et la mauvaise gestion du personnel qui génère énormément de conflits (sans réels intérêts, les conflits...), cela sape le moral et finit par détériorer la positivité, ...

J'ai appris aussi que je pouvais vivre bien, avec moins, j'ai revu à la baisse la plupart de nos finances, j'ai arrêté de croire qu'on pouvait être heureux avec toujours plus (quand vous travaillez dans certains hauts-lieux, entouré-e de gens bien nantis, vous finissez par prendre le pli que l'argent est ultra important). Et je me suis reconstruite ainsi. Pas de médicaments, mais un bon soutien psychologique, avec un spécialiste du burn et bore-out, avec du sport pour évacuer le mauvais stress, de l'acupuncture (mais oui !).

J'ai finalement repris le chemin du travail. Et l'état d'esprit à mon boulot avait lui aussi évolué durant mon absence, avec une volonté de mieux réinsérer les malades longue-durée (la case dans laquelle j'ai été mise). Résultat, j'ai choisi un mi-temps parce que je ne souhaitais plus donner autant de temps de ma vie à cet emploi, tout en me permettant ainsi de conserver l'avantage d'un travail garanti, ce qui me rassure par les temps qui courent. Et l'on m'a proposé un mi-temps plus qu'intéressant, avec nouvelles fonctions, nouveaux collègues, nouveau lieu de travail. J'ai été impressionnée par cette évolution d'esprit, car c'est ce qu'on préconise pour le retour de personnes dans mon cas, qu'ils l'ont appliqué sciemment et intelligemment et qu'au final, nous en tirons tous beaucoup de positif : plus d'attrait et du travail à la clé pour moi, une employée qui revient en forme et motivée pour eux. Une situation "win-win" comme on dit en communication non violente.

http://www.joellehuaux.be/wp-content/uploads/2014/04/Alive-coaching.pngJ'en parle aujourd'hui, parce que je sais ce que je vaux, parce que je sais que je ne suis pas une "grosse fainéante", ni une "tire-au-flanc". Quand je suis arrivée là où je suis, j'étais pleine de motivation, pleine d'énergie positive, j'avais envie de bosser, je bossais bien et vite, j'apprenais bien et vite. Et je me suis retrouvée engluée dans cette situation et cette belle énergie, cette belle motivation se sont retrouvées écrasées sous le poids de la honte de n'avoir rien à faire de mes journées et de ne pas non plus trouver comment les combler réellement (et même de devoir faire semblant, car c'était mal vu de n'avoir rien à faire...). J'en parle parce que ça commence à se connaître, que j'entends déjà les ricanements et les critiques et que malheureusement, ça ne fait qu'empirer la situation, parce qu'on se retrouve à se taire, à s'enfermer dans son mal-être, à développer de la honte et de la mésestime, et parce qu'on a énormément de mal à trouver de l'aide pour gérer cette situation.

J'en parle pour ceux qui pourraient tomber sur mon témoignage parce qu'ils cherchent une explication à leur mal-être, sachent que oui, ça existe vraiment, et que non, ils ne sont pas de mauvais travailleurs : c'est leur emploi qui n'est pas adapté ou ne veut pas s'adapter à la situation. On peut s'en sortir, notamment avec l'aide d'un-e psychologue concerné-e par ces situations, formé-e pour. Que la confiance en soi, l'énergie et le goût du travail peuvent revenir vraiment, je veux dire VRAIMENT. Mais il est important de reconnaître son état, de le faire reconnaître et de modifier la situation. Mon psychologue m'expliquait que c'est une liste de situations qui génère un burn-out ou un bore-out et que parfois, il suffit qu'une seule des situations de la liste change pour que que le tout devienne mieux. Mais qu'il FAUT que ça change. Que ça soit de démissionner et travailler ailleurs, changer de service, changer de tâches, changer de lieu, etc.

 

 

Ne croyez pas que vous êtes un fainéant, que vous osez exiger d'autres choses, que vous devriez vous contenter de votre situation. N'écoutez pas ceux qui balaient votre situation, qui s'en moquent ou l'envient, vous avez le droit de ressentir ce syndrome d'épuisement, vous êtes légitime à le ressentir et vous avez le droit de demander que ça change.

 

Quelques articles sur le bore-out...

https://inspectiondutravail.wordpress.com/tag/bore-out/

http://www.lemonde.fr/emploi/article/2016/05/04/bore-out-voyage-au-bout-de-l-ennui_4913776_1698637.html

http://www.huffingtonpost.fr/2016/07/27/bore-out-mise-placard-ennui-au-travail_n_11179364.html

http://www.psychologies.com/Travail/Souffrance-au-travail/Stress-au-travail/Interviews/Bore-out-quand-l-ennui-au-travail-rend-malade

http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=Bore-out-10-signes-qui-prouvent-que-votre-travail-vous-ennuie

Posté par Saphaëlle à 08:00 - A vous ! [0] - Permalien [#]
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