Ma vie selon... moi !

22 août 2013

La maternité zéro

J'ai toujours voulu être mère.

Je me rappelle, j'avais 15 ans, l'année de ma grosse claque, de mes désillusions. Je n'étais même pas encore déflorée que je rêvais d'être mère. Je n'avais pas de grandes ambitions, selon les autres. Je voulais être maman au foyer, c'était ça, dans mon coeur, dans mes tripes, ma grande ambition. Je rêvais de créer la vie, de porter la vie, de la mettre au monde. D'être auprès de mes enfants pour les voir grandir, de vivre intensément à leurs côtés, de les aimer et les élever à la grandeur de ce qu'ils sont.

1351-gustav-klimt---espoir-ii-300-300Je ne dois les dix ans d'attente qu'à ma capacité à être raisonnable. Être raisonnable chez moi ne s'est pas créé sur une belle expérience et m'a peut-être fait rater des choses, mais ça m'a fait patienter. Sinon, je crois que j'aurai été mère très tôt. Mais ma raison me rappelait à l'ordre.

Pour moi, la maternité, c'était quelque chose de magnifique. Pour moi, une femme enceinte était une vraie déesse, elle était celle devant laquelle tout le monde devrait se prosterner, car elle accomplissait le plus bel acte au monde. Pour moi, l'accouchement était le plus grand rite de passage de la vie d'une femme, il n'y avait rien de plus grand, de plus intense que ce moment-là. Je dois ma vision des choses à ma mère, ça je peux lui devoir. Ayant eu de magnifiques grossesses et de magnifiques accouchements, elle avait des étoiles et des rires plein les yeux à chaque fois qu'elle me les racontait et j'avais cette vision très positive de ces moments à vivre. Pour moi, même dans la douleur, on accouchait avec bonheur, on vivait pleinement ce "plus beau jour de notre vie".

Pour moi, être mère, ça coulait de source, c'était dans nos tripes. Quelque part, enfoui en nous, hibernant jusqu'au jour J, j'étais persuadée que notre nature de mère aimante, attentionnée, présente et bienveillante attendait de se révéler. Attendait de rencontrer son petit être, fabriqué au creux de ses entrailles. Pour moi, l'amour allait exploser, le coeur déborder de tendresse et d'affection, et rien ne pourrait entacher ce bonheur sans faille.

 

 

J'ai toujours voulu être maman.

Mais quand il est né, ça ne s'est pas produit. C'était une journée stressante, ça postpartum_depressionn'était pas le bon jour, très très loin de l'être, au moins 7 semaines loin de l'être. Je n'ai pas donné la vie, j'étais sur le point de donner ma mort, et peut-être même la sienne. Je n'ai pas accouché, je ne me suis pas ouverte, je n'ai pas fait naître. J'ai été ouverte, et lui vite arraché. Pour son bien, pour mon bien. Je ne l'ai pas rencontré, je ne l'ai pas vu. Mes oreilles, par contre, ont toujours encore son cri en mémoire, bien des années passées. Je ne l'ai touché que le lendemain.


Bien que pleine d'espoir que ces sentiments viennent, je ne les ai pas vu poindre. Quand il est revenu à la maison, je n'ai rien vu revenir avec lui. En tout cas pas ceux que j'avais pensé depuis mes 15 ans, pas ceux qui étaient sensés se produire, ceux que j'espérais, ceux que je tenais même pour acquis. A leur place, vide, froid, angoisses, stress, culpabilité, détachement.

J'ai chûté loin. Oh, peu l'ont vraiment remarqué. J'étais "faite pour être mère", s'il y en avait une qui devait l'être, c'était moi, c'était ainsi que le monde me voyait et j'ai bien travaillé pour montrer cette face-là au public. Mais les mois passant, les années passant, ça ne s'arrangeait pas vraiment. Oui, je l'aimais, oui ça c'était une certitude, ça mes tripes me le faisaient sentir. Mais ça n'était pas ce que je pensais, ça ne ressemblait pas à ce que je pensais, ça semblait l'être mais il y avait un arrière-goût amer qui rendait toute chose un peu triste quelque part, là-bas au fond.

 

 

 

208_168646Quand je m'intéressais de près à tout ça, plus jeune, j'avais lu la théorie de l'enfant zéro. Enfin, concrètement, ça se nomme plutôt L'enfant idéal et l'enfant réel, ou autre, selon qui présente les théories. Bref, à l'époque, j'avais lu la théorie de l'enfant 0 et de l'enfant 1. On y expliquait que l'enfant 0 était l'enfant imaginé par les parents dans l'attente, durant la grossesse, l'enfant 1 étant l'enfant réel une fois né. Les deux perspectives étant parfois tellement éloignées l'une de l'autre, cela pouvait déboucher sur de grandes dépressions post-partum.

J'ai toujours eu assez de présence d'esprit pour ne pas m'accrocher à ce que pourrait être mon bébé, sachant justement que ça ne sera jamais la même chose.

Je n'aurais par contre jamais cru m'éloigner à ce point de la vision que j'avais de la maternité. Depuis ce jour, ce terme, Maternité Zéro, me trotte en tête régulièrement. C'est exactement ça, la confrontation entre ma vision idyllique de la maternité et la maternité telle qu'elle s'est présentée à moi.

 

 

 

Posté par Saphaëlle à 08:00 - A vous ! [11] - Permalien [#]
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Commentaires

    Ton texte est très touchant. Difficile de confronter ce qu'on a tant idéalisé à la réalité... C'est parfois un long travail... Peut-être parce qu'on nous bourre trop le crâne avec des "tu verras, c'est l'instinct maternel" ?

    Posté par bertille, 23 août 2013 à 15:15
  • Merci

    Je pense qu'il existe clairement cet instinct, et je pense que les conditions actuelles ne permettent plus toujours à cet instinct de se manifester de façon claire.
    Je l'ai vécu avec la naissance de mon second, que j'ai accueilli sans artifice, naturellement (bon y eu un coup de ventouse, mais rien de plus), qui ne m'a pas quitté durant de nombreuses heures, que j'ai reniflé intensément, et qui a pu téter dès que possible, bref les conditions d'un accouchement naturel étaient réunies et j'ai clairement ressenti une profonde différence. Pour mon second, je "sais", c'est tout. L'amour en lui-même est identique à son frère, mais à la différence c'est que pour son frère, il s'est construit, pour le plus petit il est né en même temps que lui. D'instinct je sais comment réagir face à lui, ça m'hallucine même parfois. Autant le premier, l'angoisse me poursuit encore maintenant et au moindre souci, je suis flageolante, paniquée, angoissée, autant pour le second, même le jour où il est tombé dans les pommes, je n'ai ressenti aucune angoisse, j'étais relativement calme (forcément angoissée par ce qui se passait hein, mais pas anormalement trop), j'étais surtout confiante dans mes gestes.

    Je pense que ce dont on ne parle pas assez, et qui rejoint ce que tu dis, c'est qu'on est toujours à tarauder que "c'est que du bonheur", alors que non, ça ne l'est pas toujours et peut-être que si on était plus vrai, plus honnête sur la maternité, on ne tomberait peut-être pas autant de haut ?

    Posté par Saphaëlle, 23 août 2013 à 16:20
  • Bonjour, très beau billet. Je suis papa et autant que je me souvienne j'ai toujours voulu l'être même si moi aussi j'ai du patienter jusque l'âge de 28 ans. Mais jamais je n'ai imaginé cet enfant 0. D'ailleurs ma compagne pensait que je me fichais de lui car durant la grossesse elle pensait que j'aurai plus d'affection pour notre chien que notre fils malgré le fait d'être présent à chaque rendez-vous durant les 9 mois.Et cet amour avec mon fils est né en même temps que lui une fois que je l'ai senti, touché, porté. Je pense que cela doit être difficile entre l'imaginaire et le réel et peut être de cause de dépression ou rien ne se passe comme prévu. Surtout maintenant où l'un voit plein de femme reussir de front maternité, travaille, vit de couple dans les journaux. Enfin ce n'est que mon avis de jeune papa

    Posté par Walter, 23 août 2013 à 18:24
  • J'aime ton honnêteté, ça fait du bien...Nos enfants ont les aiment mais être mère, c'est difficile. C'est en tout cas comme ça que je le ressens ...

    Posté par lialia, 23 août 2013 à 22:50
  • Bonjour je pense qu'être père ou mère peut être difficile mais peut être que cet attente avec toute l'imagination de la vie du futur bébé peut créer un trop fort décalage. Avec les journaux, le web, les blogs, Facebook on voit des bébé qui marchent à 6 mois ou mon bébé fait ses nuits à la sortie de la maternité ou bien parlent très bien à 18 mois, j'ai remis mon jean d'avant grossesse aussitôt sorti de la maternité, on peut se sentir mauvaise mère ou père, se dire que l'on a loupé quelque chose. Je pense qu'en réalité non, on est juste bombardé d'infos, cela se saurait s'il y'a avait une méthode miracle ou un mode d'emploi. Cela n'engage que moi cette avis et puis je viens de travailler toute la nuit alors s'il y'a des erreurs de syntaxe ou faute de grammaire excusez moi. Bonne journée

    Posté par Walter, 24 août 2013 à 08:35
  • Bonjour Walter, d'abord un tout grand merci pour ton commentaire, c'est rare d'avoir l'avis d'un papa et pourtant c'est tellement précieux ! Oui, je te rejoins, nous sommes bombardés d'informations, et dans le tas, on tait généralement tout ce qui pourrait sembler être "mauvais".

    Lialia, merci, c'est aussi un peu le but de mon blog, je n'ai pas envie de fioriture ou d'enjolivement, je préfère être vraie dans mes propos, même si ça peut peut-être choquer

    Posté par Saphaëlle, 24 août 2013 à 10:50
  • Je me retrouve tout à fait dans tes mots...
    On est tellement seule, dans ces moments-là...
    "Tu dois être tellement heureuse" nous dit-on... Ah, oui, en effet, je devrais... Mais pourquoi je ne le suis pas?... Alors on ne dit rien, mais le mal sournois est bien là...
    C'est loin derrière maintenant, mais encore parfois douloureux de se replonger dans ces émotions-là...
    Merci pour ce texte, et belle vie à ton blog ^^

    Posté par Laure, 24 août 2013 à 12:58
  • Trop jeune

    Peut-etre parce que je suis trop jeune, je ne me rends pas encore compte de toutes les interrogations que devenir maman peut susciter... Ceci dit j'y pense, souvent. A ce jour où moi aussi j'apprendrai que j'ai une petite graine de vie dans le ventre, qu'il faut préparer l'accouchement, apprendre à allaiter, etc..

    Posté par Inaïa, 26 août 2013 à 12:11
  • Laure,

    Merci... Oui ici aussi c'est derrière, mais pas encore tout à fait, puisque j'éprouve ce besoin d'écrire dessus... D'autant plus quand j'ai vu la différence avec le second. Pas de différence d'amour ! Mais de la façon dont ça se produit, de cet instinct qui surgit de nul part.
    Ca me fait plaisir de te lire chez moi, tu ne peux pas imaginer ♥

    Inaïa, je crois que si tu te relis, tu verras que si, quelque part tu peux te rendre compte, puisque parfois tu y penses ça peut commencer tôt. Moi j'ai vite remis tout autour de moi en question, de fait la maternité a beaucoup joué là-dessus aussi...

    Posté par Saphaëlle, 27 août 2013 à 15:49
  • la maternité zéro

    Effectivement ce n'est pas facile d'être maman, mais pour moi cela faisait partie de la vie de couple, on se marie, on a des enfants, point. A mon époque( et oui suis pas très jeunette..) la péridurale n'existait pas encore ou si peu que cela était dangereux. Alors les douleurs de l’accouchement pour mes trois fils, je connais et il est vrai que cela rajoute au lien que l'on a avec son bébé, même si cela n'est pas indispensable. la souffrance pendant dix à douze heures,imprime l'acte de la naissance.
    Etre maman cela s'apprend ce n'est pas toujours inné. Il est pourtant certain que mettre au monde un enfant change la vie, on n'est plus la même ensuite, de par le corps qui se transforme, de part l'esprit aussi qui fait que son enfant passe en premier.
    C'est une priorité; Bonne fin de journée.
    marie

    Posté par marie341, 10 septembre 2013 à 15:42
  • Merci de ta contribution Marie ! J'aime bien ta formule 'imprime l'acte de naissance'. Quand je repense au traumatisme de mon corps après la naissance de mon second enfant (naissance naturelle), je trouve ce propos très parlant, c'est vraiment ça, imprimé, tatoué même dans mon corps.

    Posté par Saphaëlle, 27 septembre 2013 à 22:40

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